Le cerveau des personnes atteintes de la schizophrénie perçoit comme menaçants des stimuli qui sont pourtant neutres

30 septembre 2019

Le cerveau des personnes atteintes de la schizophrénie perçoit comme menaçants des stimuli qui sont pourtant neutres

Une étude réalisée par l’équipe du Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, sous la direction du chercheur Stéphane Potvin, professeur au Département de psychiatrie et d’addictologie de l’Université de Montréal. L’étude publiée dans la prestigieuse revue scientifique American Journal of Psychiatry démontre que le cerveau des patients atteints de la schizophrénie détecte des menaces là où il n’y en a pas.

 

Selon l’Organisation mondiale de la Santé, la schizophrénie est l’une des 10 principales causes d’invalidité en Occident. En effectuant une méta-analyse de 23 études en neuroimagerie fonctionnelle menées auprès de patients atteints de la schizophrénie, l’équipe de recherche a examiné l’activité cérébrale des patients en réponse à des stimuli neutres et émotionnellement négatifs. De façon intrigante, c’est lors de la présentation des stimuli neutres, comme un visage n’exprimant aucune émotion par exemple, que l’équipe a détecté les différences les plus significatives.

Les résultats ont révélé des activations cérébrales accrues dans plusieurs régions du cerveau en réponse à des stimuli neutres chez les participants atteints de la schizophrénie, comparativement aux participants qui ne sont pas atteints de ce trouble mental grave. Fait important: les régions cérébrales qui ont montré une réponse aberrante sont des régions du système limbique (le cerveau des émotions), comme l’amygdale, soit des régions du cerveau qui sont habituellement impliquées dans la détection de menaces dans notre environnement. « Pour rendre les choses plus concrètes, nos résultats montrent que le cerveau de la personne atteinte de la schizophrénie réagit à la présentation d’un visage neutre comme si ce visage exprimait de la colère ou d’autres formes d’émotions négatives », explique Dr Potvin.

Ces résultats sont cohérents avec la théorie voulant que les délires de persécution des patients atteints de la schizophrénie soient le fruit d’une tentative de faire du sens à partir de ces expériences aberrantes. « Si mon cerveau me dit que mon voisin est toujours en colère quand je le vois, souvent dans des contextes où il n’y a pas de raisons qu’il soit en colère peut-être que, je peux finir par penser que mon voisin m’en veut personnellement ou encore qu’il complote contre moi », explique M. Potvin. Les résultats de cette étude sont importants, car ils valident empiriquement, à partir d’un bon nombre d’études en neuroimagerie, les fondements de la plus influente hypothèse visant à expliquer la genèse des idées délirantes dans la schizophrénie.