Dr Mona Gupta gagne le Prix Emmanuel Stip

9 décembre 2014

DSC_0100C’est la Dr Mona Gupta qui a gagné le Prix Emmanuel Stip, c’est a dire le prix qui récompense une personne (2014: année paire un médecin) qui essaye et démontre qu’il est possible d’intégrer la Recherche et la Clinique de façon créative et que ces deux domaines sont loin d’être des antagonistes. Dr Gupta a impliqué 15 psychiatres dans un travail de recherche sur le raisonnement clinique. Chaque psychiatre devait passer environ une heure avec un comédien-patient en situation de consulter et de demander de diagnostic et d’intervention. Un enregistrement permettait ensuite de mettre en évidence nos algorithmes de décisions cliniques et attitudes explicites et implicites aboutissant à nos diagnostics primaires et différentiels et de présenter aussi au « patient » nos pistes de suggestions thérapeutiques en fonction des hypothèses de ces diagnostics. Une discussion de ces diagnostics et des attitudes étaient ensuite organisées avec l’équipe de recherche. Dr Gupta s’interesse à l »evidence based medicine » en psychiatrie. Elle est psychiatre au CHUM, en consultation liaison. Son travail est un très bel exemple de recherche impliquant la clinique et le travail propre au clinicien dans sa démarche de compréhension du patient et du modèle explicatif dont il se sert au quotidien dans la vraie vie.

Raisonnement diagnostique en psychiatrie: analyse scientifique et éthique

Pendant les 20 dernières années, les psychiatres ont été encouragés à privilégier les données de recherche au lieu des autres types de connaissances, incluant leurs expériences avec des patients, pour guider leurs prises de décisions cliniques. Cette approche est connue comme la médecine basée sur les données probantes (EBM).

Mais en même temps, les psychiatres arrivent à connaitre leurs patients en utilisant d’autres types de « données », comme par exemple. leurs propres émotions, les situations qui se passent entre le médecin et le patient, la qualité des relations avec les patients etc.  Ces types d’informations n’ont aucune place dans la médecine basée sur les données probantes. Donc, les psychiatres font face à un dilemme difficile: suivre les consignes de l’EBM et ignorer ces types d’informations particulières à la pratique psychiatrique ou intégrer ces types d’informations malgré le fait que l’EBM ne les soutient pas. Quelle posture est mieux sur le plan scientifique et sur le plan éthique?

Notre projet de recherche investigue cette problématique. Dans un premier temps, on va évaluer comment les psychiatres émettent leurs diagnostiques, c’est à dire, sur quels types d’informations est-ce qu’ils basent leur raisonnement diagnostique. Par la suite, on va analyser leurs modes de fonctionnement des perspectives de la philosophie de la science et de l’éthique. Quelles ressources de la philosophie nous aident de comprendre la façon dans laquelle les psychiatres raisonnent? Est-ce que cette façon est justifiable sur les plans scientifiques et éthiques? Notre projet répondra à ces questions. (par Dre Mona Gupta)